Laval Laurent Labeyrie : « Le changement climatique est inéluctable »

20/11/2015 à 12:40 par sophiebouchet

À l’occasion de la tenue prochaine de la COP 21, en décembre à Paris, la maison de l’Europe organise une conférence sur le changement climatique. Laurent Labeyrie, ancien océanographe du GIEC, sera présent ainsi qu’un conférencier de la Team Europe, spécialiste dans le droit. Entretien avec Laurent Labeyrie.

Laurent Labeyrie
Laurent Labeyrie


Vous avez oeuvré au sein du Giec. Pouvez-vous expliquer votre rôle ?
J’étais éditeur au chapitre de l’océanographie. Je suis intervenu beaucoup au sujet de la variabilité océanique. Mon rôle consistait à rassembler des analyses scientifiques, regarder toutes les publications et les renvoyer à des reviewers pour ensuite récolter leurs commentaires. J’ai participé à l’élaboration du rapport de 2003 à 2008. Il a valu le prix Nobel de la Paix au Giec, conjointement avec Al-Gore en 2007. Depuis, un nouveau rapport a été édité, en 2013.

De quoi allez-vous parler à Laval le 21 novembre ?
Je ne vais pas pouvoir aller très loin. Je vais parler du changement climatique avec des transparents pour faire comprendre que les changements sont inéluctables, même si nous ne sommes pas sûr de la vitesse à laquelle les conséquences vont se faire sentir.

Les conclusions au sujet du réchauffement climatique sont-elles encore contestées ?
Il y a beaucoup de climatosceptiques aux États-Unis car c’est une nation qui s’est construite sur l’idée de la liberté d’agir. Or cette liberté sans limites peut conduire à des catastrophes. Quand il faut changer ses habitudes, beaucoup de gens font le gros dos. Il y a moins de climatosceptiques en France. Quand ce sont des scientifiques, ils ne sont généralement pas spécialistes du climat. Dès qu’il y a un ralentissement du réchauffement, les climatosceptiques interviennent, mais quelques années après, le réchauffement est à nouveau observé. C’est lié à des variabilités dues au problème des masses d’eau, comme le phénomène climatique El Niño.

Il reste donc des incertitudes ?
C’est une science très complexe. La communauté scientifique n’a aucun doute sur le réchauffement. Par contre, nous ne sommes pas sûrs de certaines choses qui sont des projections scientifiques. Les incertitudes sont liées à des interactions très complexes au niveau du climat.

Qu’en est-il des changements climatiques qui pourraient advenir en Mayenne ?
La Bretagne côtière va être privilégiée car l’océan atlantique sert de régulateur des températures.  Elles vont augmenter de un à deux degrés maximum. Par contre, plus on va vers le continent, plus les amplitudes climatiques seront fortes. La Mayenne sera plus affectée par de grandes vagues de chaleur que la Bretagne. Mais elle sera moins affectée que Paris, Berlin où encore la région méditérannéene où le changement climatique va produire des orages tropicaux, presque l’équivalent des moussons. La Mayenne restera une régon privilégiée si elle s’adapte et on peut supposer que les prix des terres vont grimper, qu’il y aura des déplacements de populations.

À quelle échéance ?
Cela fait partie des incertitudes. On pense que l’on va sortir de la variabilité climatique actuelle à l’horizon 2030.

À Laval, les crues de la rivières sont souvent source d’inquiétude. Y-a-t-il des craintes à avoir au sujet des inondations ?
Plus il y aura d’évaporations sur le continent, plus il y aura des possibilité de pluies fortes. On sait que ça arrivera plus fréquemment.

Y-a-t-il urgence ?
Oui. À partir de 2020 il faut que l’on soit capable de réduire nos émissions de gaz carbonique de 10%. En changeant notre mode de vie maintenant, on pourra résoudre des problèmes. Autrement, dans vingt ans, cela coûtera plus cher et il y aura des catastrophes. Les intempéries qui ont eu lieu dans le Sud-Est ne sont pas directement liées à la modification du climat. Mais si ça continue, il y en aura de plus en plus.

Vous vous investissez également dans une association Climactions, qui prône de se mobiliser.
Notre idée est de dire que les grandes décisions ne se prennent pas d’en haut. La taxe carbone a conduit à des révoltes car cela venait d’en haut. Si on veut changer notre société, c’est individuellement qu’il faut le faire. On essaye de rassembler tous les acteurs : associations, politiques, industriels, pour trouver des solutions.

Quelles sont les actions qui peuvent être menées ?
Une des décisions qui doit être prise est d’accepter les énergies renouvelables comme les éoliennes. On en est plus au stade de dire si c’est joli ou non dans le paysage. On s’habitue. Il faudra à un moment ou un autre adapter nos constructions. On isole les maisons mais on ne pense pas assez aux vagues de chaleur. Il faut travailler avec les agriculteurs car ce secteur dépense énormément d’énergie. Il faudra aussi adapter nos villes et protéger les ports.

Êtes vous confiant dans l’issue de la COP 21 ?
Les Nations Unies ont secoué le système. Les pays riches devraient s’en sortir mais les pays pauvres sont plus en danger. Il y a 190 pays à persuader. Je ne m’attends pas à une révolution. On fait tout à petits pas.  C’est mieux que rien, mais derrière, c’est à nous de prendre en main notre territoire.

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